Réalités physiques et humaines en 2007

I – Réalités physiques : un espace littoral fragile
L’assèchement et l’aridification du milieu saharo-sahélien, la dégradation et l’appauvrissement du couvert végétal à partir des années 70, les mutations environnementales aux conséquences inconnues et potentiellement dévastatrices annoncées pour le vingt-et-unième siècle, ont façonné et façonnent de nouveaux états de l’environnement en Mauritanie. La conjonction de ces états conduit localement à une exacerbation des risques. La spécificité du site sur lequel la capitale mauritanienne s’est établie si elle n’a d’abord guère retenu l’attention des aménageurs et des politiques dans les décennies 60 et 70 a, en revanche, assez vite piqué la curiosité de spécialistes nationaux et internationaux du littoral. Plusieurs analyses exhaustives ont été rédigées sur Nouakchott et sa région.
A – Les héritages
1 – Territoire-refuge et terre d’exodes
Les vestiges d’une occupation ancienne
Dans le bassin méso-cénozoïque sénégalo-mauritanien qui recouvre dans le pays près de cent mille kilomètres carrés, de la côte Atlantique à la chaîne des Mauritanides, l’occupation humaine est ancienne, dense, durable et il est vraisemblable que les ancêtres de quelques uns des plus vieux Nouakchottois aient fréquenté les campements érigés, voici près de six mille ans, sur la côte au voisinage de l’actuelle capitale. La population semi-nomade de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs qui y avait élu domicile alors, jouissait d’un climat humide et d’une végétation propice au développement d’une faune riche : au moins « six groupes culturels bien différenciés étendront successivement leur emprise » (Caruba et al., 1997) sur la région, du début des six derniers millénaires jusqu’à l’émergence des Almoravides au XIe siècle de notre ère. Entre 2700 et 2200 BP, éleveurs et pêcheurs de la culture de Boudhida s’installent dans ce milieu encore hospitalier et maintiennent « un mode de vie néolithique à peine affiné par l’apparition d’objets en cuivre » (ibid.). Puis, profitant d’une amélioration climatique ayant entraîné l’apparition de nombreuses mangroves le long du littoral, les semi-nomades de la culture néolithique dite de Tin Mahham vivant sur les grandes dunes dominant de dix à quinze mètres les lagunes ont à leur tour colonisé le site, probablement entre 2400 et 1600 BP. Un matériel archéologique abondant de tessons de poteries à dégraissant coquillier (ou klökkenmödinger) a été récolté, en particulier au nord-ouest de la zone de la Radio à Nouakchott : « d’après la taille et la fréquence de ces amas artificiels de coquillages, une population nombreuse vivait alors sur le littoral mauritanien entre Nouakchott et Nouadhibou (Port-Étienne) » (Michel, 1973 : 579). Entre 1600 et 1050 BP, la culture de l’Aftout-es-Saheli exploite la dernière rémission humide que connaît la région : l’élevage s’amplifie tandis que les populations, tributaires d’une désertification grandissante, migrent vers le sud, abandonnant cette terre d’accueil devenue inhospitalière. Des sites archéologiques médiévaux nombreux ont été localisés à proximité de placages sableux.
Alors que les hommes disparaissent peu à peu de la contrée, les grands traits de ce que sera le milieu quelques millénaires plus tard sont déjà esquissés : le cordon littoral est apparu en 4000 BP, i. e. à la fin de la dernière grande transgression marine du Nouakchottien (7500 à 4200 BP). Des golfes se sont formés (l’Aftout-es-Saheli, la sebkha N’Drhamcha), ayant par la suite évolué en lagunes évaporatoires, que le climat aride et aux eaux météoriques rares a progressivement asséché. Si la mise en place du cordon dunaire côtier au Tafolien (4000 à 2000 BP) a privé ces lagunes de communication avec l’océan, il est surtout à l’origine de l’abondante et caractéristique thanatocénose du falun nouakchottien, observée habituellement dans l’Aftout-es-Saheli et la sebkha N’Drhamcha proches de la capitale, mais aussi dans certaines dépressions interdunaires de l’erg Trarza. Les formations sableuses, sablo-argileuses salifères ou gypseuses, plus ou moins remaniées par les eaux superficielles et déposées en surface, restent depuis cette époque infertiles et incultes. Sur ces terres ingrates où l’eau et même le sol sont rares – au droit de Nouakchott, « le substratum se trouve[rait] à une profondeur de cinq mille mètres » (Caruba et Bellion, 1991) –, les perspectives d’avenir de l’homme paraissent bien sombres à l’aube de notre ère. Et pourtant, contre toute attente, le site accueillera à nouveau des établissements humains…
2 – Genèse et dynamique des formes actuelles : du paléo-paysage au paysage
Les paysages anciens aux sols peu évolués sont assez peu différents des formes observées aujourd’hui. Et si les mécanismes climatiques zonaux et azonaux – facteurs essentiels de la genèse du relief – ont patiemment façonné les états de surfaces subactuels, force est de constater qu’ils ne sont pas les plus actifs d’un point de vue morphologique : en se sédentarisant dans la région, l’homme en effet a profondément perturbé l’équilibre préexistant. Son intervention particulière sera décrite de manière circonstanciée dans un paragraphe ultérieur.